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Situation tendue à Liège

La situation à Liège est particulièrement délicate, cette semaine.

Un difficile équilibre doit être trouvé entre le droit de manifester et la sécurité de tous.

Rapidement, quelques remarques :

1. La décision prise hier soir par le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, d’interdire les rassemblements de plus de trois personnes (avec certaines exceptions, notamment pour les membres d’une même famille, les services de secours, etc) est particulièrement lourde — vous êtes nombreuses, nombreux à me questionner à ce propos, à être bien légitimement inquiets — et tout le monde en a conscience. Je ne dispose pas de tous les éléments pour apprécier la justification de cette mesure, mais je fais a priori confiance au bourgmestre pour ne pas avoir décidé d’une telle mesure sans de _très_ bonnes raisons.

2. Le fait est que le centre-ville de Liège est, depuis plusieurs années, en très grande difficulté. Le COVID, le chantier du tram, la concurrence du commerce périphérique et en ligne, la toxicomanie et les mafias qui prospèrent sur le commerce de la drogue rendent la situation extrêmement difficile. La mise à sac des espaces publics, le saccage ou le pillage de certains magasins ne sont pas tolérables. Le rôle de la collectivité est aussi de protéger les commerçants et usagers du centre-ville et nous ne ferons pas défaut à cette mission.

3. Je lis et j’entends de nombreuses alarmes concernant des arrestations « à la sortie du bus », concernant des manifestants maintenus agenouillés sous la pluie, l’usage intense des gaz lacrymogènes (qui se sont répandues partout ces derniers jours, jusque dans les immeubles, rendant certaines personnes malades), les conditions de détention dans les cellules de Natalis, etc. Ces questions font l’objet d’une grande attention (de ma part et de la part d’autres élus) et nous veillerons à tirer tout cela au clair, à obtenir des explications circonstanciées. J’invite donc à documenter les faits (tout élément pertinent peut m’être communiqué à l’adresse conseiller.schreuer@liege.be), mais aussi à rester prudent, car les rumeurs circulent vite et ont, on le sait, la capacité de déformer la réalité.

4. Je souligne cependant que la capacité de contrôle de l’action policière par les élus a été fortement réduite à la suite de la réforme de la police qui est entrée en vigueur cet été (et qui a notamment supprimé les conseils de police, donc la possibilité pour les conseillers communaux de superviser l’action policière). Vous vous souvenez peut-être que j’avais poussé un gros « coup de gueule » à ce sujet en Conseil communal du mois de juin (1) : si cela vous avait semblé incongru, vous comprenez à présent pourquoi.

5. Je ne crois pas trop à la thèse d’une séparation nette entre des méchants casseurs (éventuellement venus d’ailleurs) qui infiltreraient les rangs des gentils étudiants. Je pense qu’il y a une immense détresse sociale qui s’exprime depuis des mois, mais qui à force de n’être pas écoutée, à force d’être stupidement piétinée par la droite, finit par se transformer en rage incontrôlée. La chronique de Bertrand Henne à ce sujet, hier, était particulièrement juste (2). À mon estime, les Glatigny, Degryse, Clarinval, De Wever, Dolimont, Bouchez et compagnie — ces gens qui sont en train de piétiner dans tous les sens la tradition belge du dialogue social — sont a minima co-responsables de ce qui se passe à Liège pour le moment.

6. Je lis certaines voix qui cherchent à mettre de l’huile sur le feu, ainsi de cette conseillère pétébiste qui écrit hier soir : « on n’a pas entendu le bourgmestre sur ces revendications, par contre là on l’entend, pour interdire aux jeunes de se mobiliser ». Le matin même (hier matin, donc), pourtant, sur l’antenne de RTL, le bourgmestre entamait son entretien avec Martin Buxant en disant ceci : « Les jeunes, quand je parle avec eux, ils me parlent du minerval, des allocations familiales, des abonnements de bus, des repas chauds. Ils sont inquiets. Il n’y a pas de dialogue et ils pensent d’avoir pas de perspectives. […] Je mets la pierre dans le jardin du gouvernement, mais plus largement dans le monde des adultes : il faut créer des perspectives pour les jeunes. » (3) Il a ensuite passé une partie de la matinée à rencontrer des délégations des élèves.

7. Enfin, je dénonce fermement les déclarations du ministre Quintin qui n’a pas pu s’empêcher ce matin, de transformer la conférence de presse à Natalis en tribune politique, en expliquant que « les antifas » seraient responsables des déprédations observées ces derniers jours dans le centre-ville. Je pense que c’est faux. Ce que j’observe sur le terrain, c’est que les militants de la mouvance antifa se préoccupent surtout de porter assistance aux jeunes arrêtés et à leurs familles — qui sont parfois dans une grande détresse —, notamment en organisant une permanence devant l’hôtel de police.

Une manifestation étudiante est organisée ce jeudi à 10h place du XX Août et elle est autorisée. J’y serai. Et j’invite les personnes qui liraient ce message dans l’heure qui vient et auraient la possibilité de se libérer à venir aussi.

(1) À voir en vidéo ici : https://www.facebook.com/reel/1304627824992892

(2) « […] quoi qu’on en pense, la violence est malheureusement un moyen efficace d’attirer l’attention des médias, ce qui nous renvoie à nos pratiques. Les médias classiques, mais de plus en plus les médias en ligne. Dont les algorithmes sont boostés par le spectacle de la violence. C’est le "Riot porn". Imaginons, si les élèves s’étaient bornés à une manif pacifique, par exemple une chaîne humaine autour de leur école, ils n’auraient pas eu droit à la même médiatisation. Ils auraient eu moins de place dans nos journaux, certainement pas la une comme aujourd’hui et les algorithmes de leur Snapchat ou Insta ne seraient pas saturés de leurs images. […] Et cela crée un cercle vicieux dangereux. C’est ce que les Anglo-Saxons appellent le "protest paradigm". La couverture médiatique et la réaction politique se concentrent sur la violence et pas sur les revendications et les moyens de médiation. La majorité pacifique devient invisible, et c’est une minorité, celle qui use de violence, qui définit le mouvement. Cercle vicieux qui enferme, d’autant plus qu’il suscite de la part du pouvoir un réflexe de répression et une demande d’ordre dans une partie du public. La France avait été enfermée dans ce cercle vicieux avec les gilets jaunes, cela pourrait recommencer avec les gilets jeunes, en Belgique aussi donc. »

 

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