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Université : l’hypothèse Saint-Laurent

Dans la presse de ce jour, la rectrice Anne-Sophie Nyssen, sonne le glas du projet d’implanter deux facultés de l’Université de Liège sur le site Ethias/Chiroux (en jaune sur le plan ci-joint).

Plusieurs années d’espoirs trouvent là un coup d’arrêt. L’idée était en effet séduisante sur le principe : ramener de l’activité dans l’hypercentre qui en a besoin, soulager la mobilité vers le Sart Tilman, constituer un pôle universitaire central fort (donc susceptible de polariser des activités liées à la vie universitaire) avec le XX Août (en orange), le site Van Beneden (en violet) qui se trouve juste de l’autre côté de la Meuse et, possiblement, la nouvelle grande Haute école publique.

Pour ma part, cependant, je dois bien dire que je n’ai jamais vraiment cru aux choix de ce site, pour différentes raisons. Il me semble d’abord trop petit (à peine plus d’un hectare, en intégrant la rue des Croisiers) pour les fonctions envisagées (surtout s’il faut intégrer la Haute école dans le projet). Je n’ai jamais compris comment il serait possible d’implanter les grands amphis dont ces facultés ont besoin sans mettre par terre cet ensemble moderniste dont la valeur est réelle. Et puis Ethias a — fort regrettablement — revendu son bâtiment à un promoteur (Ghelamco) aux affinités politiques douteuses et aux appétits féroces, ce qui a fortement compliqué le dossier.

Pour autant, l’hypothèse de ramener les facultés de sciences humaines vers le cœur de la ville doit-elle être écartée ? Je ne le pense pas.

Peut-être le moment est-il bien choisi pour mettre sur la table ici une hypothèse alternative, que j’ai déjà soumise à plusieurs décideurs ces dernières années, sans obtenir à ce stade de retour de leur part.

Il s’agit de l’ancienne abbaye de Saint-Laurent, qui pourrait par la suite être élargi à l’école Saint-Laurent (laquelle devrait donc être relocalisée). La zone est représentée en rouge sur le plan ci-joint.

J’y vois les avantages suivants :
— Le site est d’ores et déjà propriété publique ou quasi-publique.
— Il est largement assez grand (près de 8 hectares, en intégrant l’école) pour disposer des réserves foncières garantissant le développement à long terme de l’université dans la ville.
— L’accessibilité en transport public est remarquable : proximité d’un arrêt de tram et surtout : possibilité de se brancher directement sur la gare de Jonfosse en réalisant l’ascenseur urbain qui est dans les cartons de la Ville — et que j’ai proposé avec UrbAgora en 2009 (1).
— L’accessibilité automobile est également très bonne, puisqu’on se trouve à quelques centaines de mètres de la (quasi) sortie d’autoroute de Saint-Laurent.
— Le Palais de justice, dont la proximité importe à la fac’ de droit, est très facilement accessible.
— Le site de HEC (en bleu) est juste à côté (il y 300m entre les deux par la rue Monulphe). Et les amphis Opéra (en olive) ne sont pas très éloignés non plus (10 minutes à pied).
— On est à deux pas du cœur de Sainte-Marguerite, où d’importants développements urbains sont projetés et où il serait donc facile de localiser du logement étudiant de façon cohérente, avec les services adéquats.

Ceci, bien sûr, ne résout pas la question du financement de l’opération, qui incombera d’une façon ou d’une autre aux pouvoirs publics. Et la difficulté est triple pour le moment, puisque la Communauté française est dans une situation budgétaire difficile, puisque les majorités en place sont profondément anti-urbaines et puisque Liège est, plus particulièrement, gravement marginalisée dans le jeu politique francophone. Peut-être faut-il imaginer une solution alternative, par exemple sur le modèle proposé par Ecetia (un financement public par une intercommunale dont c’est le métier, qui se rembourse sur la longue durée en percevant un loyer de la part de l’institution occupante) ?

Quand au site de l’ancienne bibliothèque des Chiroux, j’espère bien (je vous l’ai dit et redit et comme le propose la plateforme We are Chiroux) qu’il pourra devenir un tiers-lieux expérimental et créatif, en lien le Centre culturel des Chiroux — une fonction qui serait à mon avis particulièrement bénéfique à la jeunesse de cette ville, à la dynamique du centre-ville et à l’université voisine (avec laquelle les complémentarités seraient évidentes). Espérons que la Province fasse le choix d’aller dans ce sens, comme le défend déjà le député permanent Luc Gillard.