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Ce que j’aurais aimé entendre de la part du gouvernement

Une fois de plus, les annonces de ce soir me laissent plus que perplexe. Je ne crois pas que les mesures édictées sont supportables dans la durée. Je ne crois pas non plus qu’elles suffiront à briser la dynamique — extrêmement puissante, pour le moment — de l’épidémie.

Du coup, je me suis demandé ce que j’aurais aimé entendre et j’ai aligné quelques idées. C’est certainement terriblement perfectible et je serai très heureux de lire des objections argumentées et puis d’en discuter avec celles et ceux qui voudront le faire de façon constructive.

Voici donc à quoi aurait pu ressembler le discours d’Alexander De Croo et Franck Vandenbroucke (enfin, le discours du Premier ministre et du ministre de la santé d’un gouvernement de gauche, car il est peu probable que ces deux-là se rallient un jour aux vues ici exprimées).

1. Nous avons une stratégie

Jusqu’à présent, la stratégie du gouvernement n’était pas très claire. Ou, en tout cas, elle n’était pas explicite. Nous allons changer cela. Dès lors que l’immunité collective est chimérique (il est probable que l’immunité acquise dure trop peu de temps) et dangereuse (cette stratégie conduirait à des dizaines de milliers de décès supplémentaires), notre objectif est la suppression du virus, ce qui signifie un seuil de tolérance très bas face à sa circulation et des mesures fortes et rapides chaque fois qu’il réapparait quelque part. Nous ne laisserons plus se constituer un stock élevé de virus dans la population. Pour cela, notre objectif est de fournir à chaque Belge un autotest salivaire hebdomadaire dont le résultat arrivera en moins de 24h.

2. On arrête tout pour deux semaines

Arrêtons de nous en cacher : la situation est actuellement hors de contrôle et les mesures décidées ne suffiront pas à reprendre les choses en main. Étouffer la vie sociale et économique sans étouffer le virus, comme nous sommes en train de le faire, ne peut que nous mener à beaucoup de malheur. En conséquence, nous décrétons, dès à présent, deux semaines de vacances pour tous, en permettant certains loisirs, mais en fermant les entreprises, les écoles, les crèches et en limitant drastiquement l’usage des transports publics.

3. Nous cessons dès à présent de stigmatiser les individus

Même si nous pensons que certains comportements observés parmi nos concitoyens sont dramatiquement irresponsables, nous choisissons, à partir d’aujourd’hui, d’adopter une attitude pragmatique de réduction des risques et nous savons que la stigmatisation morale est l’attitude la plus contre-productive qui soit dans cette optique. Nous mettons un terme immédiat à toutes les règlementations dont ne nous sommes pas en mesure de contrôler l’application, car édicter des règles dont on ne sait pas veiller au respect décrédibilise l’ensemble d’entre elles. Nous les remplaçons par des recommandations et nous détaillerons attentivement les raisons pour lesquelles nous les faisons. Nous sommes conscients que chaque vie est singulière et que l’application linéaire ne peut que créer des situations intenables. Nous misons sur la responsabilité des citoyens pour affronter collectivement l’immense défi auquel nous faisons face.

4. Nous allons enfin prendre au sérieux la propagation par aérosols

La ventilation des espaces collectifs est désormais au centre des préoccupations. Nous allons produire un effort rapide et important pour équiper les lieux culturels, les cafés et restaurants,... de filtres à air de niveau HEPA, de façon à ce que la vie puisse reprendre dans ces lieux qui nous sont tellement précieux. Nous créons un label permettant d’identifier les lieux qui sont équipés d’un niveau de filtration suffisant. Nous revoyons dès à présent les normes de ventilation pour augmenter le renouvellement d’air dans toutes les constructions à venir.

5. Nous reconnaissons que le gouvernement a sérieusement failli

Il est totalement indéfendable que, neuf mois après les premières alertes, nous ne disposions toujours pas d’un dispositif de testing/tracing efficace. Nous admettons que c’est là la première cause de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Nous demandons la levée de l’immunité parlementaire de Maggie De Block et d’autres responsables de la situation, afin d’engager contre eux des poursuites pénales, notamment pour avoir fait détruire un stock stratégique de masques qui étaient encore parfaitement utilisables. L’incurie de ce choix, et de quelques autres, est la cause de nombreux décès évitables. Ces poursuites, loin d’être revenchardes, réaffirmeront le principe cardinal de l’égalité de tous devant la loi sans lequel espérer une mobilisation collective est illusoire.

6. Nous allons soutenir les soignants

Le fait que tant d’infirmières abandonnent le métier aussi vite indique que les conditions de travail sont trop dures et que la rémunération n’est pas à la hauteur de la charge et des responsabilités. Nous allons donc augmenter le cadre de personnel, réduire le temps de travail, revoir les procédures afin de réduire la charge administrative, permettre aux infirmières de partir à la retraite à 55 ans et augmenter leur salaire de 25%. Nous espérons de la sorte faire revenir vers le métier plusieurs milliers d’infirmières qui l’ont quitté. Nous allons aussi, comme cela devrait être évident, rémunérer le travail des étudiants qui sont actuellement mobilisés dans les hôpitaux, plutôt que de solliciter leur bénévolat.

7. Nous allons organiser la solidarité

Si nous laissions jouer les règles du marché, nous irions au devant d’une crise économique majeure. Nous allons contrer sa logique mortifère avec toute la force de la loi. Nous allons suppléer aux revenus perdus et entamons dès à présent un tour d’Europe diplomatique afin de chercher à rassembler une majorité afin de financer la dette COVID par la planche à billets (i.e. par la banque centrale européenne), de façon à ce que cette dette ne pèse pas sur les générations futures. Nous espérons aussi que cela permettra le retour de quelques points annuels d’inflation, qui est le meilleur ennemi de la rente. En attendant, nous levons un impôt exceptionnel non anecdotique sur tous les patrimoines de plus d’un million d’euros afin de pourvoir au budget de l’Etat.