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De la médiocrité du débat sur les pensions, analyse d’un cas concret

Peu friand de télévision, je ne connaissais pas l’émission « À votre avis » de la RTBF. Souhaitant voir à quoi cela ressemble, je viens de regarder la dernière émission, datant du 28 février, qui portait sur la réforme des pensions que porte actuellement le gouvernement Michel et son ministre Bacquelaine.

Tous les poncifs du genre y étaient, à un point qui fait peur…

Il y avait bien sûr l’indémodable « On vit plus vieux donc forcément il faut travailler plus longtemps », comme si l’âge de départ à le pensions était une nécessité naturelle, comme si l’allongement de la vie était couplé avec un allongement de la bonne forme physique (un bon point pour Frédéric Daerden, qui a souligné que l’espérance de vie en bonne santé est en régression), comme s’il était insupportable que des retraités puissent jouir de leur retraite autrement que dans l’état de grabataires usés par le travail.

Il y avait aussi l’organisation de la rivalité entre travailleurs à travers le débat sur la pénibilité, qui ressemble à cet échappatoire que le stratège chinois Sun Tzu recommandait de toujours laisser disponible derrière l’armée ennemie dans le but de désorganiser ses lignes. Ce qui fonctionne à plein : nombreux sont ceux qui, espérant échapper au couperet à travers ce mécanisme (car un très grand nombre d’emplois sont pénibles, sans nul doute), négligent de se préoccuper de la réforme dans son ensemble.

Il y a encore la présentation des années d’étude comme des années à ne pas prendre en compte dans le calcul de la pension, là où, souvenons-nous en, en d’autres temps ou en d’autres lieux, il est arrivé qu’on salarie les étudiants, considérant le fait qu’un grande nombre de personnes, issus de toutes les couches de la société, fassent des études comme une nécessité pour la collectivité dans son ensemble.

Et ainsi de suite.

Tout cela dénote d’un manque effarant d’imagination, d’une posture de soumission à l’ordre inégalitaire dominant tellement bien incarnée par le sinistre Jean Hindricks qui vous explique tranquillement que « le coupable » de la situation, c’est le baby boom, comme si les dernières décennies n’avaient pas été marquées par une augmentation prodigieuse de la productivité, comme si la part salariale dans l’économie n’avait pas régressé de façon inquiétante.

Les témoignages de « vraies gens » présentes sur le plateau (au contraire des personnes interviewées en micro-trottoir) pour illustrer ce débat étaient marqués par une souffrance rentrée, une résignation navrante, sur le thème du « je me demande si je tiendrai le coup ».

Mais à aucun moment on ne s’est interrogé, dans cette émission, sur le sens qu’il y avait à exiger des travailleurs qu’ils bossent jusqu’à 67 ans (!) quand on nous annonce en même temps que des pans entiers de l’activité économique sont en cours de robotisation. Tout le monde, sur les plateaux de la RTBF, a-t-il renoncé à mettre le progrès technique au service du progrès humain ? Si les robots vont nous remplacer, le temps n’est-il pas arrivé de réduire drastiquement notre temps d’emploi, à l’échelle de la semaine, mais aussi de l’année et de la vie ?

À aucun moment, surtout, n’a été évoquée la destruction du financement des pensions, à travers les exonérations de cotisations sociales et autres « réductions de charges » qui pleuvent dans tous les sens. C’est pourtant là que se trouve le cœur du problème. Et le même parti qui fait tout pour détruire le financement des pensions — à travers de successives réformes fiscales qui sont, pour une large part, une réduction unilatérale du salaire collectif que constituent les cotisations sociales — est aussi celui qui explique que son opaque pension à points, qui va bousiller la fin de vie de millions de personnes, est absolument inévitable.

Sérieusement, c’est ça que notre service public audiovisuel a à nous proposer sur un tel dossier ?