Dans leurs « Petites mythologies liégeoises », Laurent Demoulin et Jean-Marie Klinkenberg auraient pu, je pense, ajouter le « campus à l’américaine ».
Parce qu’on nous le ressert vraiment à toutes les occasions, ce (foutu) « campus à l’américaine », pour expliquer (justifier ? excuser ?) la forme adoptée pour le « domaine universitaire » — c’est son vrai nom — du Sart Tilman.
La légende veut en effet que le recteur Marcel Dubuisson, qui, jeune biologiste, avait étudié aux Etats-Unis dans les années ’30, soit revenu d’Amérique avec la vision démiurgique de ce « campus à l’américaine », dont il aurait simplement transposé le concept dans sa Belgique natale.
Il n’en est pourtant rien : le Sart Tilman ne ressemble à aucun « campus » connu aux Etats-Unis. Et certainement pas à celui d’Harvard, où Dubuisson a séjourné en 1936.
Le campus d’Harvard, c’est un site dense, intégré dans le tissu urbain (déjà à l’époque, je vous mets une carte de 1896 avec le campus au milieu), où les bâtiments universitaires sont rassemblés sur un espace assez réduit et où l’on passe donc d’un lieu à l’autre en quelques pas, où l’on traverse le site en quelques minutes. On y trouve de nombreuses résidences étudiantes : contrairement à ceux de l’Université de Liège, les étudiants d’Harvard ne doivent pas perdre deux heures et plus chaque jour dans le bus 48, pardon, dans le B2 (et puis ils ont accès à des bibliothèques ouvertes 24h sur 24, aussi). Le site est de surcroît très bien connecté au centre de Boston grâce à une ligne de métro qui existait déjà à l’époque de Dubuisson (bien avant le premier métro belge) là où le projet de Strebelle pour le Sart Tilman se caractérise par l’absence de toute réflexion sur le transport public. Ah oui, et à Harvard, il n’y a quasiment pas de parking. Bref : rien à voir.
Comment a-t-on pu user d’une telle référence à l’appui du projet du Sart Tilman — qui est plutôt l’expression d’un modernisme totalement affranchi —, franchement, ça reste pour moi un mystère…
PS : Bon, allez, en fouillant un peu dans les vieilles cartes, je suis tombé sur un dessin de 1935 — parfaitement syncro avec le passage de Marcel, donc — qui représente le campus de Harvard au milieu d’une forêt (alors qu’il se trouvait bel et bien au milieu d’un espace urbain !) : peut-être ce dessin a-t-il connu une prospérité transatlantique insoupçonnée de son auteur ? Qui sait…
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