Avec mon camarade et collègue du Conseil Grégory Benvegna, nous étions sur le piquet de Robermont, ce matin, pour soutenir le personnel du TEC qui est en grève toute cette semaine.
Nous savons bien sûr à quel point cette grève est lourde à supporter pour les usagers (elle l’est aussi pour les travailleurs qui se privent de 5 journées de salaire !), mais elle nous semble pleinement légitime vu les mesures d’économie particulièrement dures et la volonté de démolition du service public (privatisation accrue) que les gouvernements (régional pour le TEC, fédéral pour la SNCB) cherchent à faire passer en force, de différentes manières, au détriment des travailleurs.
Le TEC a le plus grand mal à recruter, mais le gouvernement wallon MR-Engagés s’apprête à dégrader les conditions de travail (flexibilité des horaires) et de rémunération (notamment avec des pensions sérieusement rabotées ou une rémunération moins favorable des heures supplémentaires) et la liberté syndicale : on a du mal à comprendre la logique. Parce que le coût (systémique) de la dégradation du service de transport public auquel nous assistons est bien plus élevé que ces économies de bouts de chandelles. Quand une logique comptable à courte vue prend le dessus sur une vision budgétaire de long terme, forcément, le bus se trouve dans l’ornière.
Ce qui est vraiment frappant, quand on écoute les travailleurs, c’est le sentiment qu’ils ont de ne pas être suffisamment respectés. Management vertical qui tient trop peu compte du savoir des femmes et des hommes de terrain (par exemple avec la multiplication des kilomètres « haut-le-pied », c’est-à-dire sans passagers, selon une logique parfois difficile à percevoir). Matériel mal entretenu (l’absentéisme n’est pas la seule raison de la grave dégradation du service que nous observons : il n’est pas rare qu’une dizaine de chauffeurs restent bloqués le matin à Robertmont faute de matériel roulant disponible). Conditions de travail parfois très dures (là aussi, l’adaptation aux grosses chaleurs en été devient un enjeu criant). Exigences dictées par les objectifs chiffrés façon New public management, plutôt que dans la recherche d’un service concret aux usagers (sortir avec un bus en mauvais état en sachant qu’on devra rentrer peu de temps après, juste pour ajouter une sortie dans les stats, dont dépendent les subsides). Mesures d’économie vexatoires (suppression du petit cadeau de fin d’année pour le personnel de base quand les managers partent en team-building). Sans compter le comportement inadéquat voire agressif de certains usagers, qui pèse beaucoup sur le moral des troupes.
J’ai bien noté que le ministre Desquesnes dit vouloir poursuivre les discussions (« L’objectif est de chercher des solutions ensemble dans l’intérêt du personnel comme de la population » déclare-t-il dans Le Soir) là où Crucke, au fédéral, a fermé la porte à toute négociation. Mais le cadre de base qu’il pose n’est pas tenable. L’enveloppe fermée, dans un contexte d’explosion des coûts (le prix des bus électriques, c’est quelque chose !), d’augmentation de la précarité générale dans la population (ah ben oui, les chômeurs et les malades exclus, les pensionnés « rabotés », ils vont aussi galérer pour se déplacer) et d’objectifs fixés très ambitieux (aux dernières nouvelles, la « vision FAST » qui prévoit de multiplier par trois le nombre d’usagers du TEC à Liège d’ici 2030 est toujours d’actualité, ce qui est complètement hors sol quand on voit les moyens mis à disposition), ça n’a juste aucun sens !
On a besoin d’une vision ambitieuse pour le transport public à Liège et en Wallonie. C’est indispensable pour garantir les droits fondamentaux d’une grande partie de la population (sans mobilité, pas d’accès à l’emploi, à l’éducation, à la culture, à la santé…). C’est indispensable pour apaiser notre espace urbain et faire fonctionner notre centre-ville (il n’est physiquement pas possible que tout le monde y vienne en voiture). C’est indispensable pour réussir à diminuer nos émissions de gaz à effet de serre. Mais pour ça, il faut des moyens. Et il faut un personnel motivé, c’est-à-dire correctement payé, respecté, impliqué.
Bref : rassemblons-nous, travailleurs et usagers, pour défendre un autre modèle de société que ce néo-libéralisme qui n’en finit pas de nous user.
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