Un militant d’extrême-droite est malheureusement décédé, après avoir fait partie d’un groupe armé « de gants coqués, casques de moto, béquilles ou gazeuses lacrymogène » (selon le Dauphiné libéré) qui a cherché l’affrontement avec des militants de gauche radicale, il y a quelques jours, à Lyon. Ils étaient seize chemises brunes, présents pour en découdre, parce qu’une eurodéputée de gauche prenait la parole dans une université, quelques rues plus loin. Leurs adversaires, quant à eux, n’étaient pas armés. Et la police, malgré le contexte plus que tendu, était aux abonnés absents.
Ce sont là des informations que chacun peut vérifier — comme l’a notamment fait le Dauphiné, le journal du coin qui a fait son métier, lequel consiste à établir des faits —, sur base notamment d’images vidéo disponibles.
Cela justifie-t-il que les militants sortis victorieux de la bagarre se soient acharnés sur leurs adversaires restés au sol, au point de blesser mortellement l’un d’eux ? Certainement pas. Ces coups inutiles portés alors que le danger n’était plus imminent — donc sortant du cadre de la légitime défense — auront, ont déjà, un coût démesuré, un coût collectif démesuré. Nous avons tout à perdre — nous, le camp du progrès social et de l’émancipation — à ce que s’installe le règne de la violence. Nous œuvrons à construire une société de paix et d’égalité — soit très exactement le contraire de ce que produit la violence, à l’égard de laquelle nous n’avons à tolérer aucune forme de fascination ou d’apologie.
Mais ces coups mortels, aussi condamnables et déplorables qu’ils soient, n’autorisent pas à raconter n’importe quoi, comme une grande partie du corps politique et médiatique français, pris dans une terrifiante psychose collective, est en train de le faire, reprenant en boucle — sous l’impulsion des médias du milliardaire fasciste Bolloré — la fiction d’un récit taillé pour faire la part belle à l’extrême-droite et selon lequel les antifas se seraient délibérément et spontanément livrés au « lynchage » d’un gentil étudiant sans défense.
Ce tragique épisode s’inscrit, il importe de le rappeler, dans une longue tradition mortifère. Ça fait des années et des années que les personnes qui suivent un peu attentivement l’actualité politique s’inquiètent spécifiquement de ce qui se passe à Lyon, où l’extrême-droite multiplie les actions violentes contre tout ce qui lui déplaît, dans une relative impunité.
L’extrême-droite a tué à PLUSIEURS DIZAINES DE REPRISES en France depuis l’irruption sur la scène politique du Front national, au milieu des années ’80. Elle a tué par racisme, par antisémitisme, par homophobie, souvent de façon préméditée, organisée, en s’en prenant généralement à des personnes fragilisées. Mais aucun de ces meurtres n’a amené l’Assemblée nationale française à observer une minute de silence. Ce qu’elle vient par contre de faire pour le néo-nazi Deranque.
Certaines des figures du fascisme français appellent désormais ouvertement à la violence voire au meurtre, tel Jean Messiha, qui appelle, je cite, à « exterminer les antifas », tandis que les menaces et les agressions pleuvent sur la France insoumise dont une partie de la gauche s’est lâchement désolidarisée.
Quand une société vrille aussi dangereusement qu’est en train de le faire la France, il y a tout lieu de craindre un engrenage vers le pire. L’extrême-droite a besoin pour gagner que la société soit tout entier gagnée par des affects tristes, qui rendent possible la perte de lucidité menant au vote fasciste. Elle a besoin d’un climat de guerre civile et ses médias y travaillent quotidiennement, notamment par la stigmatisation des personnes musulmanes (CNews is the new Radio mille collines). La droite qui se dit encore républicaine (mais qui a franchi presque toutes les lignes rouges qui la séparaient du FN/RN), les macronistes, aveuglés par leur haine de la gauche, et l’éditocratie française sont en train de lui servir tout cela sur un plateau.
Solidarité avec toutes les personnes menacées par l’extrême-droite en raison de leur origine, de leur orientation sexuelle, de leurs convictions, et qui légitimement ont peur de ce que l’avenir leur réserve.
Solidarité avec la France insoumise et les militants antifascistes qui sont ouvertement et injustement dans le viseur.
Solidarité avec tous les démocrates conséquents — donc antifascistes —, où qu’ils se trouvent, qui tiennent bon face à cette vague brune.
Le sursaut est encore possible. Œuvrons-y toutes & tous de toutes nos forces.
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