Accueil > Interventions > Le blog > Sur quelques épisodes récents à Liège

Blog

Sur quelques épisodes récents à Liège

Vous êtes un certain nombre à m’interpeller sur mon engagement — plein et entier, n’en déplaise — au Parti Socialiste.

Si beaucoup d’entre vous comprennent aujourd’hui (plus qu’en 2024, logiquement) la nécessité vitale du rassemblement à gauche et l’impasse qu’aurait été la poursuite d’un cheminement isolé dans le contexte de la montée des droites extrêmes et des extrêmes droites, d’autres, parmi vous qui me lisez, ont le sentiment d’une dissonance entre mon discours et le positionnement du PS sur différents sujets.

Plus particulièrement, vous ne comprenez pas que je me retrouve dans une majorité qui inclut le parti de Bouchez. Vous êtes indignés par les perquisitions dont viennent de faire l’objet quelques militants Antifa à Liège et vous attendez de ma part — et de la part du PS — une réaction forte. Vous êtes aussi en désaccord vif avec la plainte contre X votée par le Conseil communal après les échauffourées de la place du XX Août.

Ces interrogations sont légitimes et il m’importe d’y répondre de façon circonstanciée. Plus encore que les points précis de désaccord ou d’incompréhension, c’est un bilan d’ensemble qui sera nécessaire. Quels effets nos choix ont-ils eus ? Quel bilan tirons-nous — avec mes camarades de VEGA — du chemin que nous avons choisi d’emprunter ? Pour répondre à cela, j’ai prévu un rendez-vous annuel de « compte-rendu de mandat ». Le premier a eu lieu l’été dernier. Le deuxième devrait avoir lieu en octobre prochain, deux ans après le scrutin de 2024, et je prévois de consacrer du temps cet été à faire le point sur tout ce qui s’est passé depuis début 2024, afin de vous livrer une analyse réfléchie de tout cela.

En attendant, j’aimerais préciser les points suivants :

1. Contrairement à ce dont d’aucuns sont convaincus, la plupart des positions que je tiens ne semblent absolument pas minoritaires au PS. Au contraire, je reçois, au sein du parti, de très nombreux retours positifs sur mes textes et j’ai le sentiment que de très nombreux militants socialistes sont heureux du travail que je réalise. Dans le même temps le PS a compris — ce qui n’est pas le cas de tout le monde à gauche — que le rôle d’un parti de gauche est de construire et faire vivre une majorité sociale pour ensuite essayer de la traduire en majorité politique (et non de se contenter de témoigner marginalement de ses idées). Et que pour cela, il faut adopter un ton, un style apaisé, mesuré, rassembleur. Et qu’il faut rechercher des compromis avec les alliés susceptibles de constituer cette majorité. Il s’agit donc de déterminer ses actions en fonction des conséquences recherchées plutôt que pour (se) faire plaisir. C’est très exactement le contraire d’une « posture idéaliste » que certains me (nous) reprochent.

2. La majorité actuelle à la Ville de Liège n’est pas mon choix et je continue à penser qu’elle était évitable. Mais elle est a été décidée avec un pistolet sur la tempe, dans un contexte de défaite de la gauche. Pour notre part, avec les militants de VEGA, nous avions à choisir, dans ces circonstances, entre prendre sur nous ou sortir du jeu. Nous avons collectivement décidé (à l’unanimité moins une abstention d’une trentaine de votants), lors d’une Assemblée, que la première option était la plus conforme aux engagements que nous avons pris devant les électrices et les électeurs : aller au cœur de la machine et nous battre pour faire progresser nos idées. C’est, depuis lors, ce que je fais chaque jour, en multipliant les contacts, les propositions, les initiatives. Sachez-le, même si la plus grande partie de ce travail n’est pas visible de l’extérieur.

3. En ce qui concerne les perquisitions intervenues récemment à Liège dans le milieu antifa, nous sommes nombreuses, nombreux à suivre cela avec la plus grande attention et avec une réelle préoccupation, mais nous n’oublions pas que l’une des premières caractéristiques d’une démocratie fonctionnelle, c’est la séparation des pouvoirs, qui stipule que la justice est indépendante. Donc, comme élus, nous évitons a priori de nous exprimer sur les choix posés par un juge d’instruction, a fortiori lorsque nous ne savons rien du dossier — et s’il s’avère que ce dossier est vide, comme je le lis chez certains militants, nous ne manquerons pas de le souligner. Cela ne m’a pas empêché de participer à la cagnotte solidaire du Front antifasciste afin d’aider à la défense — un droit fondamental — des camarades antifa (et j’invite chaque personne qui me lit à faire de même, lien en premier commentaire).

4. J’ai voté, comme l’ensemble du Conseil communal (l’opposition Ecolo et PTB n’a pas osé s’opposer, rappelons-le) la plainte contre X faisant suite aux échauffourées de la place du XX Août. Et je le referais. Parce qu’en tant qu’employeur, c’est la moindre des choses que de ne pas banaliser les blessures subies par plusieurs de vos policiers pendant leur service sans que ceux-ci n’aient en aucune manière, par leur comportement, provoqué ou initié la violence. Je l’ai fait d’autant plus volontiers que la police a réellement tenté dans cette affaire d’apaiser la situation et de garantir l’expression de tout le monde, notamment en demandant à plusieurs reprises que la réunion du MR soit déplacée dans un endroit moins sensible, en faisant des propositions concrètes pour réduire les risques. Mais le président du MR voulait absolument l’affrontement et il a multiplié les provocations dans ce but, comme je pense l’avoir démontré à l’époque. De quoi il résulte à mes yeux que la plainte contre X — visant à identifier les responsables de ce qui s’est passé — devrait aussi susciter des devoirs d’enquête à l’égard des provocations conduites par Bouchez lui-même et par son entourage. Je ne doute pas que les avocats des militants antifa souligneront cela si l’affaire devait aller jusqu’au prétoire.

5. Tant que j’y suis, disons encore un mot du « mur de conteneurs » déployé autour du Palais des Congrès, sur décision du bourgmestre, lors d’un nouvel événement du MR, en novembre dernier. Comme tout le monde, j’ai, sur le moment, été stupéfait, et même vraiment fâché, par cette décision. Puis j’ai pris connaissance d’une série de faits. J’ai compris que le bourgmestre n’avait pas le pouvoir d’empêcher ou même de déplacer cette conférence, mais qu’il avait la responsabilité des affrontements qui risquaient de survenir et de leurs conséquences. J’ai compris qu’il avait demandé à de nombreuses reprises au MR d’adopter une attitude de désescalade, mais que celui-ci avait constamment refusé. J’ai compris qu’il n’y avait pas suffisamment d’effectif pour sécuriser le périmètre et que la réserve fédérale ne donnait pas de réponse aux demandes de la Ville (le ministre de l’Intérieur — membre du MR — a finalement réagi deux heures avant l’événement, trop tard pour revoir le dispositif). J’ai compris que ces conteneurs permettaient de suppléer à plusieurs dizaines de policiers en tenue. J’ai mesuré que les quelques milliers d’euros qu’a coûté la location de ces conteneurs étaient une fraction ridicule du coût (financier, mais aussi humain, politique, d’image pour la ville) qu’aurait pu avoir une confrontation. Et j’ai conclu que j’aurais, peu ou prou, pris la même décision s’il m’était revenu de la prendre.

L’immense régression que nous vivons actuellement montre que quand on laisse s’imposer la droite radicalisée qui déferle partout, tout peut s’effondrer — et donc qu’il faut, pour éviter cela, composer un large front des démocrates. J’ai le sentiment que beaucoup de militants de gauche radicale — au rang desquels on pourra sans doute dire que j’ai émargé dans le passé — ont vécu sur l’idée implicite, et confortable, que les fondamentaux étaient définitivement acquis (en grande partie grâce au PS, qui « tenait la baraque » depuis des décennies sous les lazzis des gauchistes) et que cela autorisait toutes les aventures, toutes les dispersions. Au point d’oublier complètement la nécessité de faire bloc lorsque c’est indispensable. Et je suis désolé de le constater sans détours mais on voit à présent le résultat.

Bref : à mes yeux, l’époque appelle au dialogue urgent des démocrates et ensuite à une alliance sur l’essentiel — pas aux exclusives en tous sens, pas aux reports à la Saint-Glinglin, pas aux « pudeurs de gazelle » (comme disait l’autre).

Parlons-nous !