Pour tuer une ville, l’un des moyens les plus efficaces est sans aucun doute de détruire à petit feu son transport public. Et pour qu’elle se porte bien — pour qu’elle respire, pour qu’elle retrouve des espaces publics accueillants et conviviaux, pour qu’elle redevienne un lieu où l’on désire vivre —, l’un des plus sûrs moyens est d’organiser un transport public suffisamment performant pour convaincre les personnes qui se déplacent en voiture d’utiliser celui-ci — ce que beaucoup de villes européennes sont en train de réussir (mais pas Liège).
Observation du matin, alors que le trafic TEC a enfin repris, après deux semaines de grève qui ont été très dures pour tout le monde : le tram est à moitié rempli, malgré l’heure de pointe. Ça saute aux yeux en observant les rames passer.
On ne va pas en tirer trop des conclusions trop rapides, mais j’entends de plus en plus d’usagers liégeois qui songent à se passer du transport public. Entre — d’abord et avant tout — le service de bus qui est totalement défaillant (depuis avril, et ça ne s’arrange pas, quoi qu’en dise la direction ou le gouvernement), l’augmentation importante de tarifs, visant spécifiquement les urbains, qui vient d’entrer en vigueur (by the way : la motion que j’ai fait voter par le Conseil communal de Liège pour le dénoncer n’a pas même fait l’objet d’une réponse) et cette grève de deux semaines dont nous sortons, je pense qu’il ne faut pas tourner autour du pot : les usagers n’en peuvent plus. Plus du tout. Et ceux qui peuvent se le permettre sont en train de choisir d’autres solutions de mobilité — en particulier la voiture. C’est absolument dramatique pour notre ville, qui va encore plus étouffer sous les gaz d’échappements et la congestion.
Comme vous le savez si vous avez lu mes billets récents, je pense — et je continue à penser — que la responsabilité de cette grève incombe essentiellement au gouvernement wallon et à la direction des TEC. En particulier du fait de leur incapacité à rendre possible un dialogue social minimalement apaisé et respectueux. Le choix du ministre Desquenes de ne pas être présent à la réunion du 28 janvier et de faire attendre tout le monde (les usagers comme les travailleurs) pendant 8 jours (huit jours !!!) avant de permettre une négociation, je m’en souviendrai longtemps. Mais quand on prête l’oreille à ce qui se passe à l’intérieur de cette société, on entend des dizaines d’histoires désolantes, on perçoit une maltraitance institutionnalisée des travailleurs de la base, dont la parole et les compétences sont à peu près systématiquement dévalorisées. Je suis convaincu que sans ce management toxique, le nombre d’arrêts maladie, notamment, ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui.
Puis, bien sûr, les mesures d’austérité que les gouvernements de droites veulent imposer aux travailleurs (en particulier avec la démolition du régime de pension, qui promet une vieillesse dans la pauvreté à beaucoup de travailleurs) pour permettre aux plus riches de continuer à prospérer justifie entièrement la lutte sociale la plus déterminée — autant que possible en front large de toute la population.
Mais les assemblées de travailleurs qui ont refusé vendredi de suivre les organisations syndicales qui avaient obtenu — une victoire quoi qu’on en dise — la suspension des mesures d’austérité de manière à rendre possible une négociation me semblent aussi dans l’erreur : la grève doit absolument rester un moyen de dernier recours.
Dans cette configuration des « chiens de faïence » (pour faire référence à une vieille étude de prospective, qui envisageait l’avenir de Liège selon différents scénarios), tous les acteurs du transport public devraient mesurer à quel point le danger est bien réel, s’ils ne retrouvent pas la capacité de — vraiment — négocier, de scier la branche sur laquelle ils sont assis.
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