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Publifin : ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain

À lire l’abondante production écrite sur l’« affaire Publifin » dans la presse comme sur les réseaux sociaux, je commence à craindre que l’on ne jette le bébé avec l’eau du bain.

Ainsi, le thème de la journée tournait autour du fait que Tecteo/Publifin a reversé beaucoup moins de dividendes aux communes qu’il ne l’aurait fait sans ses investissements (dans VOO mais aussi dans une série d’autres activités). Ce dont beaucoup de personnes concluent, un peu rapidement sans doute, qu’il s’agit d’un nouveau scandale dans le scandale.

À cet égard, j’aimerais souligner les éléments suivants.

a) Réduire les dividendes pour investir, c’est le fondement du développement d’un projet économique. Si celui-ci apporte de la résilience locale (de l’emploi, une capacité de décision et d’orientation, etc), il s’agit aussi d’une forme de retour au bénéfice des communes. S’il faut choisir entre un groupe public et local et une multinationale pour gérer des réseaux de distribution d’énergie ou de télécommunication, mon choix est vite fait en faveur de la première option — et je pense que ce choix devrait être celui de toute la gauche. Certains semblent, sur ce point, être en train de s’égarer.

b) Dès lors, c’est de la manière dont les choses se passent qu’il convient surtout de discuter. Les investissements réalisés sont-ils pertinents ? La gestion du groupe reste-t-elle orientée vers l’intérêt public ? Le service rendu aux usagers est-il à la hauteur et à un prix correct ? Je pense qu’un débat sérieux devrait se donner les moyens de répondre à ces questions, ce qui ne se fait pas en deux coups de cuillère à pot. L’accaparement de plusieurs millions d’euros, au cours des dernières années, pour rémunérer des sinécures constitue sans nul doute un élément dans cette évaluation. Mais il ne doit pas occulter les réels succès rencontrés par ailleurs.

c) Si les Liégeois ont fait le choix du long terme (c’est-à-dire d’investir, de développer un outil), le résultat de ce choix est aujourd’hui leur bien commun. Et il est difficile de ne pas voir qu’à côté des naïfs (ou des néo-libéraux qui s’ignorent) qui appellent peu ou prou à démanteler Nethys pour des raisons morales, il y a des appétits extrêmement féroces qui s’aiguisent pour profiter du dépeçage de la bête. Je trouverais pour ma part intolérable que l’on dilapide cet acquis pour complaire à l’émotion du moment. L’intérêt communal, dans la défense duquel je suis en première ligne en tant que conseiller de la Ville de Liège, il se trouve aussi ici.

d) Parce qu’un débat serein est tellement essentiel, parce que l’enjeu est de préserver l’outil, parce qu’il y a manifestement eu un gros déficit de contrôle démocratique sur l’archipel Publifin, parce que ses instances ont collectivement organisé — ou au moins laissé se mettre en place — un système de captation d’argent public au service d’intérêts privés, je pense que le renouvellement complet des structures dirigeantes de Publifin, de Nethys et des filiales de cette dernière est nécessaire. Comme une première étape dans la reconstruction d’un réel contrôle démocratique sur les intercommunales.

 

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