Quelques infos glanées dans la presse du jour, pour mémoire…
Deux jeunes Angleurois de 17 ans se sont noyés hier en cherchant à fuir leurs logements devenus invivables. Ils se sont baignés dans une carrière dangereuse, à Sprimont, et ont été aspirés par un siphon. Mes pensées accompagnent leurs proches.
La bourgmestre d’Esneux maintient l’interdiction de toute baignade sur le site de Fêchereux, sur l’Ourthe, où de très nombreuses personnes trouvaient à se rafraîchir. Elle a fait installer de hautes barrières métalliques pour empêcher l’accès.
La France a vécu hier la journée la plus chaude jamais mesurée. Alors que nous ne sommes qu’en juin (généralement, les chaleurs les plus fortes arrivent plutôt en juillet ou en août).
Une nouvelle vague de « chaleur extrême » est d’ores et déjà annoncée pour juillet, selon la ministre française de la « transition écologique ».
Le prix de l’électricité explose en fin de journée, du fait de la climatisation. Le réseau électrique est fortement mis sous pression. Avec les dizaines milliers de personnes qui sont en train de s’équiper de climatiseurs (souvent dans l’urgence, sans réelle stratégie d’adaptation de leur logement), ça va devenir vraiment compliqué.
Les bus TEC ne rouleront pas cette après-midi en Hainaut et dans le Brabant wallon en raison de la chaleur. Les gens qui dépendent de ce moyen de transport n’auront qu’à marcher sous le cagnard.
Comme on pouvait s’y attendre, nous connaissons et allons connaître un pic d’ozone très marqué dans les jours à venir (illustration : les prévisions pour ce jeudi 25 juin). Une bonne raison (de plus) de limiter les déplacements automobiles, soit dit en passant.
L’agriculture est très fortement touchée par la canicule et les jours à venir risquent de brûler, par « effet sèche-cheveux », des centaines de milliers d’hectares de culture en Europe.
Etc.
Et donc, quid ?
Ce qui devrait à mon sens constituer le socle de la discussion :
1. Tout ceci n’est pas vraiment une surprise. Il suffit d’aller relire ce que les scientifiques et les gens qui les écoutent écrivaient il y a 10, 15, 20 ans et plus : on sait depuis longtemps vers quoi on se dirige. Et on est nombreux à alerter depuis des décennies. Ça va juste un peu plus vite qu’attendu.
2. Si l’humanité ne se décide pas à prendre le problème du climat au sérieux et se contente de mesures d’adaptation, notre planète bleue va peu à peu devenir invivable. Les plus riches vivront dans des bunkers climatisés, au milieu d’un monde qui s’effondre. Les autres agoniseront, d’ici quelques décennies, sous des vagues de chaleur mortelle. Et ce n’est pas une image.
3. Rejeter la responsabilité vers d’autres populations ou d’autres pays ne marchera pas (pour ne rien dire des aspects moraux). Le mode de vie de la classe moyenne européenne reste globalement insoutenable — surtout si l’on intègre, comme de juste, les émissions liées à nos importations. Si l’on veut réclamer à d’autres de faire des efforts (et il le faudra), nous devons commencer par être irréprochables nous-mêmes.
4. Bien sûr, le rôle central des multinationales hyper-émettrices de carbone doit être pointé du doigt et faire l’objet de mesures réglementaires dures, mais nos choix individuels ne peuvent pour autant pas être exonérés. Il va falloir choisir entre, d’une part, l’avenir de nos enfants et, d’autre part, les voyages en avion, la fast-fashion, l’alimentation hyper-carnée ou le tout-à-la-bagnole (sans oublier l’IA, qui atteint déjà un niveau sidérant de prédation sur les ressources naturelles).
5. Les mesures d’adaptation ne fonctionneront pleinement que si elles sont pensées à l’échelle de la société. La ruée vers les climatiseurs peut se comprendre vu ce que certaines personnes endurent pour le moment, mais elle va globalement aggraver la situation, d’autant plus que les modèles les plus vendus sont peu efficaces et énergivores. D’autres solutions existent pourtant : stockage de chaleur/fraicheur inter-saisonnier, réseaux de chaleur/fraîcheur, végétalisation, etc. Elles demandent une action publique (urgente).
6. La façon dont on construit la ville doit profondément évoluer. L’usage massif du béton, les grandes baies vitrées exposées au soleil, les nappes de parking en asphalte, les toitures en roofing noir, le zonage monofonctionnel, etc doivent être considérés comme dépassés. Même si les choses évoluent plutôt positivement (mais beaucoup trop lentement), il est urgentissime que les autorités conditionnent très fermement la délivrance de tout permis à des critères de soutenabilité climatique : ventilation naturelle, usage de matériaux plus résilients, protection des ouvertures contre le rayonnement solaire, augmentation de l’albedo des toitures, végétalisation, présence de l’eau, etc
7. Aucune solution sérieuse n’est à attendre des partis et élus qui nient ou minimisent le problème climatique depuis des décennies, même si, pour certains, la canicule les mène soudain à une tardive prise de conscience (qu’ils auront probablement oubliée dans trois mois). Ainsi, pour prendre un exemple concret parmi tant d’autres, avoir dans le kern un climato-sceptique pathologique comme Clarinval (vice-premier fédéral MR, pour rappel) devrait interroger. Est-ce qu’on peut vraiment compter sur un homme qui partageait, il y a quelques années, des pamphlets niant le réchauffement climatique et qui voulait, l’année dernière encore, mettre les mesures climatiques « en pause », jugeant que « on est allé trop loin, trop vite » ? Poser la question, c’est y répondre.
Bref, on va avoir besoin de tout le monde. Pour prendre soin les uns des autres, pour convaincre les personnes inconscientes, pour développer des initiatives collectives de transition qui sont tellement précieuses. Mais AUSSI pour gagner politiquement : le changement de cap dont nous avons vitalement besoin contrarie fondamentalement de nombreux intérêts (à court terme) et ceux-ci feront tout pour nous empêcher de le réaliser. Sans une mobilisation large, nous n’y arriverons pas.
Je vous laisse sur cette citation de Valérie Masson-Delmotte, ancienne présidente du GIEC : « Dans l’état des connaissances d’aujourd’hui, si on arrête les émissions de gaz à effet de serre, il n’y aura pas de réchauffement supplémentaire. »
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