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Compte-rendu

« Affaire » Bénédicte Heindrichs : paie ton burn out !

Bénédicte Heindrichs est loin d’être une grande copine. En fait, on peut même dire qu’à une exception près, ça n’a pas accroché des masses entre nous en cinq années de fréquentation commune des bancs du Conseil communal liégeois. Sur le fond, sur le ton. La ligne politique dont elle a été l’une des représentantes à Liège depuis dix ans est même l’une des raisons de la naissance de VEGA — mais passons, ce n’est pas le sujet ici.

Bénédicte Heindrichs n’est pas une grande copine, donc, et pourtant j’ai failli tomber de ma chaise, lundi, lorsqu’à la fin de la réunion des chefs de groupe du Conseil, dans le grand bureau damassé du bourgmestre, assise sur le rebord de son fauteuil, droite, vibrante, soudain frêle, elle a annoncé son « retrait de la vie politique », selon l’expression qu’on utilise dans ces cas-là. Trois heures plus tard, c’est sous les applaudissements du Conseil entier qu’elle sortirait — tandis que, dans une apothéose d’incompréhension, le fiel se déversait sur les réseaux sociaux.

L’histoire est désormais bien connue. Un scud sort dans la presse, alors qu’approchent d’importantes échéances électorales. Elle a, apprend-on, touché « plus de 23.000 euros pour 7 réunions sur 19 » (au cours de l’année 2016) comme membre du Comité de gestion de l’intercommunale liégeoise de gestion des eaux (la CILE). Et les médias de répéter ce montant (brut) en boucle, sans guère d’explication, sans guère d’analyse. Les chiffres sont supposés parler d’eux-mêmes, et il n’en faut pas plus, en effet, à une vox populi déjà chauffée à blanc pour monter dans les tours sur les réseaux sociaux, pour déverser toute la méchanceté du monde sur une femme dont dix ans d’engagement politique semblent instantanément effacés.

Pourtant, si c’est une question de pognon, « plus de 23.000 euros », même pour 19 réunions sur 19, ça paraît franchement beaucoup. Non ? Alors, quid ? De deux choses l’une : soit le boulot dans ce comité de gestion est bien plus large qu’assister auxdites réunions (y’a un journaliste qui a enquêté sur le sujet ?) ; soit le problème est institutionnel et il faut dès lors revoir ce montant. Dans les deux cas, la focalisation sur BH est à tout le moins excessive.

Mais que s’est-il passé, exactement ? Je crois que tout le monde — les politiques, mais aussi les journalistes, les militants,... — l’a vu, l’a su, je ne pense pas trahir ici un secret : Bénédicte Heindrichs a perdu pied, pendant quelques mois, dépassée sans doute par l’immensité de la charge, en plus de ses importantes responsabilités professionnelles et familiales, de ce rôle extraordinairement lourd de cheffe de groupe d’un parti d’opposition dans une grande ville où la vie politique peut être particulièrement rock’n’roll, où il y a toujours un incendie en train de couver, une invitation à honorer, une réunion à ne manquer sous aucun prétexte. Après dix ans de ce régime usant — une vie dans laquelle presque toutes les soirées sont dévorées par la politique —, elle a lâché prise pendant quelques mois. La belle affaire.

Notez, on lit dans pas mal d’endroits, et notamment dans la presse qu’on qualifie pudiquement de « populaire », que « n’importe quel travailleur » qui, imaginons, « déserterait son boulot pendant quelques mois » se ferait immédiatement licencier. C’est faux. Redisons-le encore une fois : c’est FAUX ! Un salarié qui fait un burn-out — grâce soit rendue à un siècle et demi de conquêtes syndicales — a le droit de s’arrêter, de se refaire une santé sans se retrouver sur la paille. Mais en politique — et Ecolo est d’ailleurs le premier à défendre cela, et Bénédicte Heindrichs elle-même, allez comprendre — point de pitié : remplaçons toute rémunération fixe par des « jetons de présence » ! Et que celui qui trébuche sombre dans la foulée. Que celui qui a mis sa carrière professionnelle entre parenthèses — quand il ne l’a pas carrément jetée aux orties — pour se consacrer à la chose publique inaugure le régime de précarité généralisée qui nous attend tous, si on continue à filer le même coton.

Bref, vous m’avez compris. Ça arrive, dans la vie, de lâcher prise, d’être emporté par le torrent. Et dans toute communauté humaine adulte — je n’ose écrire fraternelle — quand cela arrive, on tend la main, on se serre les coudes, on permet à la personne qui a un genou à terre de se relever, à son rythme.

Mais, pas de bol pour elle, Bénédicte fait partie du parti qui lave plus blanc que blanc (elle même d’ailleurs, n’a pas manqué, lors même qu’elle présentait sa démission, de réaffirmer son adhésion à cette conception de la politique). C’est toute une ligne narrative qui s’en est trouvée sacrément bousculée ; une victoire électorale annoncée qui est possiblement compromise. Dans ce genre de circonstances, les Fouquier-Tinville ne font généralement pas dans la demie-mesure, et cette fois-ci pas moins qu’une autre, il a fallu qu’une tête tombe. Celle de Bénédicte. Sans même prendre la peine de donner une explication.

Bon vent, Bénédicte...

 

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