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« 25 ans d’avance sur les projections climatiques »

« Un phénomène censé arriver une fois tous les 1 000 ans »

33 degrés à Liège, aujourd’hui, 26 mai.

Il ne fait plus de doute que le dérèglement du climat s’accélère et que le consensus scientifique était — est toujours — en-dessous de la réalité que nous vivons. Il ne fait plus de doute que le fragile équilibre de cette merveille qu’est le climat terrestre qui a rendu possible l’existence de l’humanité est gravement déréglé et a significativement enclenché des mécanismes qui peuvent mener à un emballement dont l’issue sera un climat impropre à la via humaine. Il ne fait plus de doute que nos enfants vivront dans une forme d’enfer, qu’ils seront confrontés à des choix d’une violence que l’on a du mal à ne pas comparer à l’insouciance ou au déni qui restent l’attitude dominante à ce jour.

Il ne fait pas de doute que nous avions tout en main pour éviter ce désastre : le savoir scientifique pour comprendre, les outils techniques permettant de changer de cap, les moyens de communication pour nous coordonner. Il existe encore une fenêtre pour limiter la casse. Il est possible que certaines innovations technologiques puissent aider. Il est possible qu’un sursaut ait lieu, mais ce n’est pas le plus probable, en l’état actuel des choses.

Car nous préférons de toute évidence danser sur le volcan. Renvoyer la responsabilité à d’autres. On entend encore tant de gens expliquer, très sûrs d’eux, qu’il est inutile de faire quoi que ce soit parce que « l’Inde ou la Chine émettent bien plus de carbone que nous » (et tant d’autres variations sur le thème du dédouanement et de l’expédition ad patres de la patate chaude, façon coup de pied de pénalité depuis la première moitié du terrain dans le money time d’un gros match de rugby). Alors que nos émissions par personne sont bien plus élevées, a fortiori si l’on comptabilise chez nous les émissions issues de la production des biens que nous importons. Alors que la Chine est engagée dans une transition accélérée vers les énergies vertes. Alors que l’Inde est un des pays les plus pauvres du monde, l’un des pays les plus menacés et l’un des pays qui a le moins de responsabilité historique dans le phénomène.

Les partis politiques, les gouvernements, même ceux qui ont une préoccupation sincère pour la question, même ceux qui essaient réellement, sont tellement loin de ce qu’il faudrait faire, tellement en retard, tellement incapables d’inverser la vapeur. Peut-être parce qu’ils n’ont pas complètement mesuré l’urgence. Peut-être parce qu’ils sont composés de personnes plus privilégiées que la moyenne qui ne ressentent pas encore totalement dans leur chair que ce qui s’effondre, là, touche directement à la vie d’innombrables de leurs frères et sœurs humains. Peut-être,… mais pas centralement. Parce que le problème est bien plus profond, systémique : la démocratie ne semble pas capable, à ce jour, de faire passer l’intérêt le plus vital des générations futures avant le confort de la présente. La continence, la sobriété, la justice climatique ne font pas, même en 2026, un programme électoral susceptible de rassembler.

En face, le camp du déni est tout prêt — tout occupé, déjà, Trump en tête — à faire basculer l’humanité dans le précipice. Je me demande si l’essence du fascisme contemporain ne se trouve pas dans cette attitude de déni — « Don’t look up » — et dans le refus pathologique de reconnaître à quel point les humains sont interdépendants.

« L’espoir se fit mauvais »

Et pourtant, tant qu’on en aura la force, je sais qu’on sera nombreuses, nombreux à continuer à se battre. On va regarder en face l’ouragan (le dôme de chaleur ?) qui arrive. On va construire des abris, planter des arbres, partager les ressources vitales, redire qu’il n’y a qu’ensemble qu’on peut surmonter cette immense épreuve. Et puis on va encore chanter la beauté de ce monde vivant qui disparaît peu à peu, parce que c’est en se plongeant dans cette beauté qu’on trouvera la force de renverser la table.

Illustration : température du sol le 26 mai 2026, mesurées par le réseau de satellites européens Sentinel-3.