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Compte-rendu

Sur la démolition programmée du théâtre de la Place

Le Conseil communal de ce lundi 16 décembre 2013 a – à nouveau – voté la démolition du théâtre de la Place (cf. délibération et cahier des charges ). « À nouveau », dis-je, car la décision avait déjà été prise en juin dernier, de passer un marché en ce sens, par voie d’adjudication. Les offres déposées ayant été jugées insatisfaisantes, c’est cette fois-ci un marché par procédure négociée qui a été décidé. Décision technique, donc. Mais c’était l’occasion de reposer la question de l’avenir de la place de l’Yser.

Je reprends donc ici le texte de mon intervention.

Je vous le dis d’emblée, Monsieur le bourgmestre : mon point de vue sur ce dossier a évolué. La persistance dans le paysage liégeois de ce bâtiment provisoire a été, pour tous les Liégeois, une souffrance, le rappel constant du « trou de la place Saint-Lambert », voire, pour les plus anciens, un cruel contraste avec feu le Gymnase. Sa présence reste le symbole d’une époque douloureuse pour Liège et quiconque s’intéresse à l’urbanisme ne peut y être insensible. Il a par ailleurs été tellement répété que le bâtiment tombait en ruine que nous avons fini, les uns et les autres, par le croire.

De surcroît, nous savons combien Outremeuse – un des quartiers les plus denses de la Ville et l’un des quartiers qui sont aujourd’hui dépourvus d’espace vert public – a besoin d’un parc et la place de l’Yser – qui était le lieu de rendez-vous de joueurs de pétanque – semble tout indiquée pour cette fonction.

J’ai donc été convaincu pendant des années qu’il fallait détruire le bâtiment au plus vite et rendre à la place sa fonction d’espace public.

J’ai cependant été amené à nuancer ce point de vue au cours des derniers mois, non pas tant en raison de l’occupation précaire des lieux par un collectif de comédiens – même si le travail qu’ils réalisent depuis quelques mois est remarquable et devrait nous amener à nous poser des questions sur les conditions de la création à Liège – qu’à la suite des nombreux débats et rencontres publiques qui ont été organisés dans le quartier ces derniers mois, avec la participation, directe ou indirecte de quelques centaines d’habitants, d’usagers, de commerçants, d’acteurs associatifs du quartier.

Je note quatre éléments qui m’amènent à penser que la décision sur une démolition du bâtiment est prématurée. Au plan technique, la structure du bâtiment est en moins mauvais état qu’il a été dit. Il pourrait, pour un montant probablement raisonnable – bien moindre, en tout cas, que celui de la construction d’une nouvelle infrastructure –, faire l’objet d’une rénovation. Au plan de l’occupation de l’espace public, certains – notamment au sein d’un Atelier de Master de la Faculté d’Architecture de l’ULg – réfléchissent à la possibilité de conserver le bâtiment tout en réduisant fortement son emprise au sol et en améliorant l’interface entre le bâtiment et l’espace public. Ce qui signifie que le maintien d’une partie du bâtiment pourrait être compatible avec un grand espace vert. Au plan de la méthode, il y a un vrai problème. Pourquoi n’a-t-il pas été demandé aux auteurs du Master Plan, réalisé sous la houlette de Secchi et Vigano, d’étudier la possibilité d’un maintien du bâtiment ? Mais surtout, nous attendons toujours un projet d’aménagement du site – je souhaite que la Ville organise pour cela un concours d’architecture – et il serait beaucoup plus cohérent de laisser aux participants à ce concours la liberté de proposer de garder ou pas le bâtiment, dans le cadre d’un aménagement d’ensemble pour le site. Au plan culturel, enfin, la question se pose de la place du théâtre à Liège. L’institution phare qu’est le Théâtre de Liège dispose à présent d’un outil de travail de qualité. Mais le théâtre à Liège ne se limite pas à cela. Et il y a aujourd’hui une vraie tension dans la ville autour de la place – trop peu importante, à mon estime – qui est donnée aux autres expressions théâtrales. Dans ce cadre, le maintien d’une infrastructure place de l’Yser – qu’on pourrait imaginer cogérée par une coopérative réunissant les petites compagnies liégeoises qui le souhaitent – pourrait avoir beaucoup de sens.

Ajoutons, pour conclure, que la place de l’Yser a déjà connu, bien trop longtemps, du provisoire qui s’éternise. Le risque de voir la dalle – qui va être asphaltée – devenir un parking sauvage pendant quelques années me semble notamment réel et constituerait un des pires scénarios pour le quartier.

En conséquence, je suis convaincu qu’il serait préférable de prendre le temps, de laisser le bâtiment debout pour le moment, et d’organiser sans tarder un concours d’architecture, dans lequel il sera laissé aux équipes la possibilité de conserver ou pas le bâtiment.

Ce texte est notamment inspiré du communiqué publié par l’asbl urbAgora .

 

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